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Document Details :

Title: Situations de Nishida
Author(s): STEVENS, Bernard
Journal: Revue Philosophique de Louvain
Volume: 94    Issue: 1   Date: février 1996   
Pages: 43-68
DOI: 10.2143/RPL.94.1.541815

Abstract :
L’objet de cet article est de mieux cerner la portée de la pensée nishidienne en tâchant de la situer plus précisément au sein du devenir historique de la philosophie. Le rôle fondateur de Nishida pour l’école de Kyôto a parfois été comparé à celui de Husserl pour la phénoménologie. Or si la problématique de départ des deux penseurs est comparable, l’explication avec le psychologisme, leurs préoccupations et ambitions sont divergentes. Nishida — dans son premier ouvrage, l’Essai sur le Bien de 1911 — a voulu fonder une philosophie, en style occidental, à partir d’un soi non-substantiel, libéré de l’ego discriminant propre à la conscience représentative ou naturelle auquel resterait attachée la subjectité occidentale moderne, y compris la phénoménologie husserlienne. Or la visée d’un tel soi est un des leitmotivedirecteurs de la quête pluri-millénaire de la pensée ontologique orientale. «L’expérience pure» dont parle Nishida peut être perçue comme un ultime avatar de cette recherche séculaire de la tradition orientale. Mais par ailleurs, le philosophe japonais, en élaborant une œuvre située à la croisée des cultures, était persuadé de répondre à une attente propre de l’époque — une époque marquée, du fait de l’expansion occidentale, par l’unification forcée des diverses civilisations de la planète et leur entrée dans l’universalité dont l’Occident se disait porteur. Après trois quarts de siècle, on constate que Nishida a fait là œuvre de pionnier et peut-être le temps est-il venu pour les philosophes européens de se pencher sur les questions qu’il soulève à ce propos.

The aim of this article is to grasp better the significance of Nishidian thought by attempting to situate it more precisely within the historic development of philosophy. Nishida’s role as founder of the Kyoto-school has sometimes been combared to that of Husserl in phenomenology. But if the point of departure for the two thinkers is comparable, namely explanation by means of psychologism, their concerns and ambitions are different. In his first work, An Essay on the Good (1911), Nishida sought to found a philosophy in the Western style on the basis of a non-substantial self, freed from the discriminating ego proper to representative or natural consciousness which he held that modern Western subjectivity, including Husserl’s phenomenology, was linked to. Now the aim of finding a self of this kind is one of the leading leitmotifs in the search of Eastern ontological thought over thousands of years. The «pure experience» referred to by Nishida may be viewed as a final representative in this centuries-old search in the Eastern tradition. But, on the other hand, the Japanese philosopher, by carrying out work at the crossroads of cultures, was convinced that he was responding to an expectation of the era, an era which, due to Western expansion, was marked by the forced unification of the various civilisations on earth and their entry into the universality which the West claimed for itself. As three quarters of a century has now elapsed, we can see that Nishida’s work was that of a pioneer, and it may be time for European philosophers to consider the questions he raises in this regard.

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