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Title: Genèse de l'optatif indo-européen
Author(s): PINAULT, Georges-Jean
Journal: Bulletin de la Société de Linguistique de Paris
Volume: 110    Issue: 1   Date: 2015   
Pages: 149-204
DOI: 10.2143/BSL.110.1.3132108

Abstract :
Le suffixe de l’optatif proto-indo-européen est reconstruit comme une marque de mode ajoutée au thème temporel-aspectuel, qui présentait une apophonie entre degré plein et degré zéro, i.e. *-iéh1-/*-ih1-, d’après la plupart des manuels en usage. En outre, le suffixe est censé présenter la variante faible *-ih1- après voyelle thématique, d’où le suffixe complexe *-o-ih1-, et probablement aussi dans l’aoriste sigmatique, i.e. *-s-ih1-. La flexion de l’optatif emploie exclusivement les désinences secondaires. Néanmoins, cette reconstruction de l’optatif laisse de nombreux problèmes en suspens dès qu’il s’agit d’expliquer précisément les formes attestées. On passe d’abord en revue (§§ 2-5) les diverses tentatives de restituer l’origine du suffixe, soit à partir d’une racine verbale, soit à partir d’une formation nominale. Selon la première direction, il a été souvent considéré comme acquis, depuis les débuts de la linguistique indo-européenne, que le suffixe de l’optatif était apparenté d’une manière ou d’une autre à une racine «aller», qui constituait le dernier terme d’une périphrase. Tous ces essais sont restés stériles, en l’absence d’une reconstruction convaincante du premier terme de la périphrase et du processus de grammaticalisation de l’optatif. L’article vise à montrer que les points controversés du développement de l’optatif dans différentes langues requièrent une nouvelle reconstruction de l’optatif qui soit en accord avec sa genèse. Le premier problème est celui du type véd. gameyam, gaméma, autrement dit l’existence de formes thématiques dans un paradigme d’aoriste radical athématique (§§ 6-8). Il est montré que véd. bhujema, qui est toujours employé avec la négation prohibitive , remonte à une forme d’injonctif qui repose sur une périphrase. On examine ensuite à nouveaux frais le type véd. dheyām et le problème de l’optatif de l’aoriste radical des verbes terminés en °ā- en indo-iranien (§§ 9-13). Il apparaît impossible d’expliquer ces formes dans le cadre de la théorie du type acrostatique de l’optatif aoriste. En fait, certaines formes de l’Avesta ancien s’expliquent plus facilement à partir d’une construction sérielle qui combinait deux verbes à l’injonctif: un aoriste passif en valeur impersonnelle et un verbe «aller». L’enquête se concentre ensuite sur l’histoire interne et externe du type véd. dheyām et sa relation avec le type gr. θείην (§§ 14-17). Il apparaît que ces deux formations sont superposables et qu’elles remontent à une construction sérielle qui combinait le datif d’un abstrait (nom-racine) employé comme prédicat, avec valeur potentielle, et l’injonctif du dit verbe «aller». La correspondance permet de rattacher son présent radical athématique à la racine *h1ieh1- (§ 18), qui était employé comme second verbe d’une construction sérielle asymétrique. En ce qui concerne l’optatif thématique, les formes de l’indo-iranien et du grec sont incompatibles avec la reconstruction habituelle *-o-ih1-, parce qu’elles présupposent le caractère syllabique de /i/, au lieu de l’évolution normale de cette séquence en *-o-ih1-. Jusqu’à présent, cette difficulté a été contournée au moyen d’hypothèses spéculatives (§§ 19-20). Le moyen le plus simple de rendre compte de la séquence en question est de poser *-o-h1ih1- (§ 22), qui s’accorde avec la reconstruction *-s-h1ih1- de l’optatif de l’aoriste sigmatique. Celle-ci explique assez facilement les diverses variantes de cet optatif dans les dialectes grecs, y compris l’optatif dit «éolien» (§ 21). Une énigme supplémentaire de l’optatif thématique tient au fait que la voyelle thématique ne présente pas de variation et est toujours au timbre /o/. On fait remonter ce morphème à la désinence médio-passive *-o d’un injonctif en valeur impersonnelle, combiné dans une construction sérielle avec le verbe «aller» (§ 23). La conversion du second terme des périphrases optatives en suffixe modal relève de l’évolution connue des constructions sérielles. Dans le cas présent, elle s’explique par un processus de réduction formelle à la suite de l’univerbation, dans le cadre de la coexistence de l’optatif et de l’impératif (§ 24). En principe, les formations d’optatif remontaient toutes à deux (au moins) constructions verbales sérielles, qui sont encore reflétées dans diverses langues par des formes fossilisées issues de l’univerbation et de la coalescence, lesquelles ont survécu à côté du type synthétique de l’optatif (§ 25). L’emploi des désinences secondaires à l’optatif concorde avec la présence d’un verbe à l’injonctif comme second terme des périphrases originelles.



The suffix of the Proto-Indo-European optative is reconstructed as a verbal morpheme featuring full- and zero-grade variants, i.e., *-iéh1-/*-ih1-, according to most of the current handbooks. In addition, it is assumed that the suffix had the variant *-ih1- after the thematic vowel in the thematic stems, giving a complex suffix *-o-ih1-, and probably also in the sigmatic aorist, as *-s-ih1-. The inflection of the optative mood uses exclusively the so-called secondary endings. This usual reconstruction of the optative leaves many serious problems to be addressed, however. First, several attempts to trace the suffix back to its origins, either from a verbal root or from a nominal formation, will be reviewed (§§ 2-5). In the first vein, it has been quite often assumed, since the beginnings of Indo-European linguistics, that the suffix of the optative was somehow cognate with a verbal root meaning ‘to go’, that made up the last term of a periphrasis. All these attempts have remained fruitless, since it has proved impossible to reconstruct consistently the intermediate steps that led to the grammaticalized optative. This paper successively examines several controversial issues surrounding the development of the optative in the Indo-European languages and shows that the solution of these problems requires a new reconstruction of the optative suffix which is connected with its genesis. The first issue is the explanation of the Vedic type gameyam, gaméma, in other words the existence of optative forms that look thematic at the surface, while belonging to an athematic paradigm (§§ 6-8). The Vedic bhujema, always used with the prohibitive negation , is actually shown to be an injunctive form based on a periphrasis. The Vedic type dheyām and the general issue of the root aorist of verbs ending in laryngeal, and ending in °ā- in Indo-Iranian are then examined (§§ 9-13). The speculative account of the forms in the framework of the acrostatic type of the root aorist proves unworkable. In fact, some of the Old Avestan forms that are supposed to reflect this structure are better accounted for by the hypothesis of a serial verb construction that associated the injunctive of a passive aorist and the injunctive of a verb ‘to go’. The present paper then concentrates then on the internal and external history of the Vedic type dheyām and its relationship with the Gk. type θείην (§§ 14-17). It is shown that these formations match each other and reflect a further serial construction that associated the dative singular of a verbal abstract (based on the root noun) with potential value and the injunctive of a verb ‘to go’. This correspondence allows the verbal root to be reconstructed as *h1ieh1- (§ 18), which was used in the injunctive root present as the second (i.e., minor) verb of an asymmetrical serial verb construction. The optative of thematic stems is reflected in Indo-Iranian and Greek by forms that are incompatible with the usual reconstruction *-o-ih1-, since they presuppose the syllabicity of the /i/, instead of the expected contraction into a monosyllabic sequence *-oih1-. This has been explained until now by assumptions which are speculative (§§ 19-20). The hypothesis of an original sequence *-o-h1ih1- provides a straightforward source of the various forms (§ 22). It complies with the reconstruction of an original sequence *-s-h1ih1-, which accounts best for the multifarious variants of the optative of the sigmatic aorist in the Ancient Greek dialects, including the so-called Aeolic optative, and also in Epic language and in Cretan (§ 21). In order to explain the problematic choice of the form *-o- of the thematic vowel before the suffix in the thematic optative, one identifies this morpheme with the medio-passive 3.sg. ending *-o, of an injunctive form with impersonal value. This form belongs to a serial verbal construction, the second member of which was the injunctive present of the verb *h1ieh1- ‘to go’ (§ 23). Then, the conversion through univerbation and chunking of the second member of the verbal periphrasis into a modal suffix added to the verbal stem is explained by the ancient coexistence of the optative periphrasis with the imperative and a formal reduction that led to the optative of the root present or aorist (§ 24). While the optative formation was fully grammaticalized at Indo-European stage, several languages still reflect fossilized forms that go back to univerbated periphrastic constructions (§ 25). Basically the optative was based in the proto-language on two (or more) parallel serial verb constructions that used verbs in the injunctive, which is still reflected by the usage of secondary endings in the inflection of the optative.



Das Suffix des indogermanischen Optativs ist gewöhnlich als *-iéh1-/*-ih1- rekonstruiert, mit Ablautvariation. Dementsprechend die Morpheme des thematischen Optativs und des Optativs des sigmatischen Aorists sind bzw. als *-o-ih1- und *-s-ih1- rekonstruierbar. Dennoch bieten die bezeugten Formen des Optativs in verschiedenen Sprachen, und besonders im Indoiranischen und Griechischen eine Reihe von schwierigen und ungelösten Problemen. Der Aufsatz nimmt eine genaue Durchsicht dieser Tatsachen vor, die öfters durch ad hoc Annahmen gelöst worden sind. Es ist festgestellt, daß zusammenhängende und systematische Lösungen dieser Probleme mit einer neuen Hypothese über die vorhistorische Genese des Optativs gebunden werden sollen. Wie allgemein anerkannt, hatte der übliche Typ des Optativs hysterokinetisches Paradigma. Es wird bewiesen worden, daß die Hypothese eines zweiten Typs, der ein akrostatisches Paradigma hätte, mit durchgehendem Allomorph *-ih1-, das durch einige Beispiele bezeugt worden ist, nicht fähig ist, folgende schon bekannte Schwierigkeiten zu erklären: den Optativ des Wurzelaorists vom Typ ved. dheyām, gr. θείην, die verschiedenen Formen des Optativs des sigmatischen Aorists in den griechischen Dialekten, und besonders des sog. 'äolischen' Optativs. Mehrere Formen des Optativs, die als abweichend in der Synchronie der jeweiligen Sprachen ausscheinen, sind die Endergebnisse von univerbierten Periphrasen, die von zwei Abarten sind: 1) 3. Sg. Mediopassiv einer Wurzelbildung eines beliebigen Verbums (V1) + Injunktiv Präsens des Verbums (V2) *h1ieh1- 'gehen'; 2) Dativ von einem Verbalabstraktum (V1) + Injunktiv Präsens desselben Verbums 'gehen' (V2). Diese sind tatsächlich sog. 'seriale Verben', die den modalen Wert des Potentialen hatten bzw. übernahmen. Die Wurzel *h1ieh1- 'gehen, sich ausbreiten', die vermutlich von einer erweiterten Form der Wurzel *h1ei- ausstammt, ist als Basis nominalen Ableitungen wohl bekannt. Die zweite Komponente der Konstruktion ist als modales Suffix grammatikalisiert, gemäß einer wohlbekannten Tendenz in typologischer Auffassung. Die erste dieser Strukturen gibt Aufschluß über die feststehende *o-Form des Themavokals vor dem Optativsuffix. Außerdem erklärt die Urfolge *-o-h1ih1- des thematischen Optativs die silbische Form des /i/ des Suffixes, die durch Griechisch, Indoiranisch und Baltoslavisch bewiesen worden ist. Parallel dazu ist die Urfolge *-s-h1ih1- im Optativ des sigmatischen Aorists die im Allomorph gr. -σει- des sog. 'äolischen Optativs' wiederspiegelt worden ist. Der Vorgang der Umbildung der Periphrase zum einem abgeleiteten Verbum ist erklärbar durch einen formalen Reduktionsprozeß, mit Nachahmung anderer Modi, und besonders des Imperativs. Auch die ursprüngliche Injunktivform des zweiten Verbums der ursprünglichen Periphrase wird sozusagen in dem ausschließenden Gebrauch von sekundären Endungen in der Optativflexion fortgesetzt. Parallel zu der grammatikalisierten Optativbildung sind die ursprünglichen Periphrasen nach Univerbierung als lebendige Fossilien in mehreren Optativformen des Griechischen und Indoiranischen in Gebrauch geblieben.

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3.92.28.52.