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Title: Le sacrifice humain dans l'Avesta
Author(s): PIRART, É.
Journal: Journal Asiatique
Volume: 284    Issue: 1   Date: 1996   
Pages: 1-36
DOI: 10.2143/JA.284.1.556542

Abstract :
Les sacrifices humains n’étaient, semble-t-il, que fictifs parmi les tribus indoiraniennes dans l’antiquité. Leur raison d’être était probablement théorique: il n’y avait pas de véritables immolations, sauf comme châtiment. Ainsi, le «sacrifiant» (ved. yajamāna) devait être sacrifié, «rendu sacré», pour pouvoir entrer dans le monde sacré de la cérémonie par une séquence rituelle appelée dīkśā, mais il n’était pas sacrifié, bien qu’il fût nécessaire de séparer son âme des autres parties spirituelles de son corps. Il était la véritable victime, mais son âme était symbolisée par du Soma pressé ou «immolé» et le prêtre lui donnait les substituts des fonctions spirituelles correspondant aux neuf orifices de son corps en récitant des vers.
L’importance et la fréquence des nombres neuf et sept dans les commentaires brahmaniques nous permet de comprendre le châtiment (ou «sacrifice négatif») que Darius le Grand inflige aux neuf rebelles selon l’inscription de Bīsotūn. La fluctuation entre neuf et sept est expliquée par les Brāhmaṇas, et il est possible de mettre les neuf ou sept orifices, comparés aux portes d’une cité, en relation avec les rivières qui sont au nombre de sept dans la mythologie védique et au nombre de neuf dans l’Avesta.
Les sept Voyants et les neuf Kavi du Veda sont aussi à prendre en considération pour comprendre pourquoi Darius le Grand dit qu’il est le neuvième roi, et pourquoi les membres de la coalition qu’il organisa contre le pire des rebelles étaient sept nobles persans.
Le sacrifice «négatif» ou «peine capitale» avait pour finalité de détruire les sens et les autres fonctions des orifices, tandis que le sacrifice humain que nous pouvons déceler dans l’Agniṣṭoma donne à l’homme pieux la possibilité non seulement d’être, après sa mort, dans le monde supérieur, mais aussi d’y voir, d’y entendre, etc.
La fonction «orificielle» la plus appréciée doit avoir été la vue. C’est ce que l’on peut déduire du fait que, selon l’Avesta, l’âme, au troisième matin après la mort, rencontre une jeune fille nommée «vision» (daēnā), mais aussi du fait que le dieu Soma épousa la fille du Soleil, à laquelle un passage védique donne un nom qui signifie «vision» (venā).
La conscience religieuse représentée par la Daēnā était symbolisée dans les rites par le lait d’une vache sacrificielle mélangé à du jus de haoma. Selon l’Avesta, la vache immolée devait être grosse. Cette information doit être mise en relation avec le fait que la Daēnā devient aussi immédiatement une carāiti «femme enceinte». Les fils que les âmes pieuses auront dans le monde d’en haut sont probablement ceux que l’on appelle les Saošiiaṇt et qui collaboreront avec Ahura Mazdā pour la victoire définitive sur le mal à la fin du monde. Ainsi, la mort a une valeur eschatologique.

Human sacrifices, it seems, were only fictive amongst Indo-Iranian tribes in the Antiquity. Probably their raison d'etrewas theorical: there were not real human immolations except as a punishment. For instance, the so-called «sacrificant» (ved. yajamāna) had to be sacrified, «made sacred», in order to be able to enter in the sacred world of the ceremony through a ritual sequence named dīkśā. But he was not really immolated, although it was necessary to separate his soul and other spiritual parts from his body. He was the real victim, but his soul was symbolized by the pressured or «immolated» Soma, and the priest used to give him the substitutes of the spiritual functions corresponding to the nine orifices of his body by reciting verses.
The importance and frequency of the numbers nine and seven in the brahmanic commentaries about this ritual give us the key for understanding the punishment or negative sacrifice Darius the Great inflicts on the nine rebels according to the Bīsotūn inscriptions.
The fluctuation between nine and seven is explained by the Brāhmaṇas, and it is possible to put the nine or seven orifices comparated with the doors of a city in relation with the rivers which are seven in the Vedic mythology and nine in the Avesta.
The Seven Seers of the Veda and the nine Kavi also are to be considered in order to understand why Darius the Great says he is the nineth king and why the conjuration he organized against the foremost rebel consisted of seven noble Persians.
The negative sacrifice or capital punishment has the finality of obstruating and destroying the senses and other orifices while the human sacrifice we can detect inside of the Agniṣṭoma gives the pious man the possibility not only of being, after death, in the Upper World, but also of seeing, hearing, and so on. The more appreciated amongst the «orificial» functions must have been the sight. We can deduct it from the fact that, according to the Avesta, the soul, on the third morning after death, encounters a nice maiden named «Vision» (daēnā), but also from the fact that the god Soma married the Sun’s daughter. A vedic passage also gives her a name meaning «Vision» (venā).
The religious consciousness the Daēnā represents was symbolized in the rites by the milk of a sacrificial cow mixed with the haoma juice. We have to compare the avestan information that the cow to be immolated was a pregnant one with the precision that the Daēnā also becomes immediately a carāiti or pregnant woman. Those sons the pious souls will have in the Upper World are probably the so-called Saošiiaṇts, who will collaborate with Ahura Mazdā for the definitive victory on the Evil at the end of the world. So, death has an eschatological value.

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