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Document Details :

Title: La France vue par les ouvriers turcs rentrés au pays
Subtitle: Discipline, vie garantie et droits de l'homme
Author(s): ESTABLET, Roger
Journal: Turcica
Volume: 29    Date: 1997   
Pages: 17-43
DOI: 10.2143/TURC.29.0.2004313

Abstract :
Ces 90 narrations d’expérience de travail en France puis de retour au pays par des Turcs résidant aujourd’hui dans trois régions différentes (Ankara, Afyon,
Isparta) ont été effectuées entre janvier et juin 1994. Elles tracent une image
forte et inusitée de la France. Si nos interlocuteurs ont ressenti la nécessité et le devoir de se plier à certaines des exigences de la société française, il n’en va pas ainsi pour les obstacles institués à l’égard de l’immigration clandestine∞: de loin la plus fréquente dans notre échantillon, elle est considérée comme une voie naturelle, source de difficultés mais non de culpabilités. La France apparaît d’abord, dans l’expérience du travail, comme un pays fortement discipliné et où tout particulièrement le temps est utilisé avec une maîtrise parfaite. Ces disciplines citées avec faveur apparaissent aux enquêtés comme la contrepartie d’un contrat de travail rigoureux respectant les droits des travailleurs. Du coup, pour les Français, qui ne sont pas astreints à l’épargne forcée du travailleur migrant, la France est le pays de «∞la vie garantie∞». En dehors du travail, les travailleurs turcs ont fait l’expérience de l’école et du système de santé. L’école fait l’objet d’éloges pour sa gratuité et son professionnalisme. Mais elle est perçue comme un des lieux où l’identité turque des enfants peut être mise en péril. À l’inverse, le système français de soins fait l’objet d’éloges unanimes: on y voit l’indice le plus net du développement de la France; surtout, la sécurité sociale donne lieu à une réinterprétation originale de la notion politique de «droits de l’homme». Une relation humaine au malade, affranchie de la médiation de l’argent, sous-traite aux obligations bureaucratiques et accomplie sans aucune distinction de nationalité ou de fortune: voilà qui donne le contenu de la notion de «droits de l’homme», alors que dans les entretiens le thème des libertés politiques n’est presque jamais abordé.




France in the Eyes of Turkish Workers in their Return to Homeland
These ninety accounts of working periods as experienced by Turkish subjects who since returned to their home country and dwell in three different regions, result from inquiries conducted from January till June 1994. They trail a strong and unusual image of France. The sampled workers felt the need and duty to meet some of French society’s requirements, but they reacted in far different ways to obstruction measures as regards clandestine migration — the most frequent one, it is considered as a natural issue, raising difficulties but no sense of guilt. France appears through their labour experience as a firmly disciplined country where time is controlled in a masterly manner. Such discipline is duely appreciated as the counterpart of strict contract-labour respectful standards. Hence, for the French, who are in no ways tied to the migrant’s thriftiness, France is the country of «guaranteed existence». Beyond employment conditions, the Turks got acquainted with schooling and health systems. School is praised for its gratuitousness and professionnalism. But, at the same time, it poses a threat to children in their Turkish identity. As for the French health system, it reaps lots of praise. It is in their eyes indicative of France development; the «Sécurité sociale» gives way to some reinterpretation of Man’s Rights. Human relationships beyond the medium of money, casting bureaucratic constraints aside, and regardless of rank or nation: such is the extent of the notion of Man’s Rights, while the topic of political freedom is hardly ever mentioned.

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