L\'Âge de l\'homme de M. Leiris'>
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Document Details :

Title: 'Fuir la trop linéaire continuité'
Subtitle: parenthèses et tirets doubles dans L'Âge de l'homme de M. Leiris
Author(s): NARJOUX, C. , PETILLON, S.
Journal: L'Information Grammaticale
Volume: 104    Date: janvier 2005   
Pages: 50-54
DOI: 10.2143/IG.104.0.562967

Abstract :
« La phrase est un objet, en elle une finitude fascine (...) mais en même temps, par le mécanisme même de l’expansion, toute phrase est insaturable, on ne dispose d’aucune raison structurelle de l’arrêter ici plutôt que là ”(Barthes). C’est peut-être sans connaître la “ catalyse ” définie par Hjelmslev – cette infinité des possibilités d’expansions et de bourgeonnements syntaxiques –, abondamment décrite par Barthes que Leiris cède si souvent au vertige catalytique : “ Fuir la trop linéaire continuité ou la briser avant même qu’elle s’instaure, c’est à cela que répondent et le plaisir que je prends à établir, en quelques mots, de pseudo-définitions de dictionnaires et mon goût – excessif, je le sais du point de vue des gens de goût pour les incises et les mises entres parenthèses ou entre tirets, lié quant à lui non seulement au besoin, par crainte constante du faux pas, de préciser, de corriger (...) mais aussi au désir de couper mes phrases, les syncoper, les morceler (...) » (Leiris)
Ici, l’instrument de la syncope– du fainting– est composé du binôme graphique que constituent la parenthèse et le tiret double. Marques du délai, du retard, du détour, ces signes (se) jouent et jouissent précisément des contraintes imposées par la linéaritélangagière. Parenthèses et tirets doubles «donnent à voir une complexification de l’énoncé: celui-ci n’est plus strictement monolinéaire mais exhibe un lieu autre, une autre ligne (et parfois plusieurs) grâce à laquelle la monolinéarité linguistique peut être “vécue” sur un mode pluriel ». Grâce au «décrochement (typo) graphique», c’est-à-dire grâce à la mise entreparenthèses et tirets, le dire se ramifie par cohabitation de deux plans hétérogènes (plan insérant, plan inséré). En effet, «l’opération de décrochement implique un décalage, un dénivelé ou plutôt une sorte d’épaississement (de dédoublement) du fil de l’énoncé, de double voie, de double voix également!» C’est dans cet incessant dédoublement des voies que Leiris rencontre la douleur d’affronter la clôture syntaxique et le «plaisir du texte», ou plutôt de la phrase.


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