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Title: Le Siddhāntalakṣaṇaprakaraṇa du Tattvacintāmaṇi de Gangeśa avec la Dīdhiti de Raghunātha Śiromaṇi et la Ṯīkā de Jagadīśa Tarkālaṃkāra
Author(s): BHATTACHARYA, Kamaleshwar
Journal: Journal Asiatique
Volume: 293    Issue: 1   Date: 2005   
Pages: 213-244
DOI: 10.2143/JA.293.1.2002083

Abstract :
English abstract below

Dans cette section, Raghunātha soulève une objection contre les définitions du «fait d’avoir un support différent de celui du contrepositif» (pratiyogivaiyadhikaraṇya-) qu’il avait données lui-même dans les deux sections précédentes (cf. JA. 1995, p. 375, n. 1, et Summary, pp. 401-402): elles ne s’appliquent pas dans le cas de l’inférence vraie: «Le temps possède un pot, parce qu’il est le Grand Temps» ((kālo ghaṭavān mahākālatvāt) — inférence que Raghunātha ne formule pas explicitement, mais qu’il laisse déduire de son emploi très soigneux des termes. Il est impossible, dit-il, se référant à ces définitions, que la contrepositivité d’une absence résidant dans le Grand Temps — support de la Raison «propriété d’être le Grand Temps» (mahākālatva-) — avec lequel le contrepositif n’est pas en rapport en vertu de la relation qui délimite la contrepositivité (pratiyogitāvacchedakasaṃbandha-), soit délimitée par la relation temporelle (kālikasaṃbandha-), qui délimite la propriété d’être l’objet à démontrer (sadhyatavacchedakasaṃbandha-); ou que la propriété d’être autre que ce avec quoi le contrepositif est en rapport en vertu de cette relation existe dans le Grand Temps. Toute chose «qui réside» (vṛttimant-), réside, par la relation temporelle, dans le Grand Temps. Quant aux entités «qui ne résident pas» (avṛtti-), l’espace vide (gagana-), etc., on ne connaît rien avec quoi elles soient en rapport en vertu de la relation temporelle, et, par suite, ce avec quoi elles ne seraient pas en rapport en vertu de cette relation est inconnu également; car une absence ne peut être connue sans que le contrepositif soit connu. Ainsi, il n’y a pas d’absence à contrepositivité délimitée par la relation temporelle, qui réside dans le support de la Raison avec lequel le contrepositif n’est pas en rapport en vertu de la relation qui délimite la contrepositivité. Une absence telle que l’absence de pot, en vertu de l’inhérence, par exemple, peut satisfaire à cette condition; mais sa contrepositivité n’est pas délimitée par la relation qui délimite la propriété d’être l’objet à démontrer. De même, il n’y a pas d’absence dont on puisse dire que son contrepositif n’est pas en rapport avec le Grand Temps en vertu de la relation temporelle. En d’autres termes, la propriété d’être ce avec quoi le contrepositif n’est pas en rapport en vertu de la relation temporelle n’existe pas dans le Grand Temps. Comme l’un des commentateurs, Gadadhāra, le fait pertinemment remarquer, au lieu d’exprimer le fait de cette façon, se servant du composé pratiyogyasa?bandhitva- «propriété d’être ce avec quoi le contrepositif n’est pas en rapport», Raghunātha dit yat pratiyogisaṃbandhi tadanyatva- «propriété d’être autre que ce avec quoi le contrepositif est en rapport», afin de souligner que la propriété d’être ce avec quoi le contrepositif ne serait pas en rapport en vertu de la relation temporelle est inconnue (v. nn. 13 et 16).
Une tentative est faite pour écarter cette objection en reformulant la définition du «fait d’avoir un support différent de celui du contrepositif»: il n’est plus question de ce avec quoi le contrepositif est ou n’est pas en rapport en vertu de la relation qui délimite la propriété d’être l’objet à démontrer, mais d’un contrepositif qui, en vertu de la relation qui délimite la propriété d’être l’objet à démontrer, ne réside pas (avṛtti-) dans ce qui est support de la Raison. Or, bien que ce avec quoi l’espace vide, contrepositif de l’absence de l’espace vide, ne serait pas en rapport en vertu de la relation temporelle soit inconnu parce que ce avec quoi il serait en rapport en vertu de cette relation est lui-même inconnu, l’absence du fait de résider dans le Grand Temps en vertu de la relation temporelle, — fait que l’on connaît pour toutes les entités «qui résident» (vṛttimant-), — est connue pour l’espace vide, «qui ne réside pas» (avṛtti-). L’absence de l’espace vide est donc, selon cette formulation, une absence qui a un support différent de celui du contrepositif.
Cette interprétation, encore, est celle de Gadādhara, qui, comme dans le cas précédent, fait ressortir l’usage subtil de la langue sanskrite que savent faire les Navya-naiyāyika. Ces finesses échappent naturellement aux interprètes modernes du Navya-nyāya qui ne se donnent pas la peine de lire les commentaires traditionnels anciens — en témoigne la méprise d’E. Frauwallner relative à ce passage (n. 42).
Les autres éléments de la définition ont pour but d’éviter l’extension insuffisante ou l’extension excessive à telle ou telle inférence. Parmi eux, la détermination du contrepositif par «déterminé par le délimitateur de la contrepositivité» (pratiyogitāvacchedakaviśiṣṭa-) vise à éviter une extension excessive à des inférences où l’objet à démontrer est une entité déterminée ou certaines entités conjointes. Cela est conforme à la pensée de Raghunātha lui-même exprimée plus tôt. Ici, cependant, il rejette la définition parce que même la propriété d’être un contenu (ādheyatā-) délimitée par une propriété déterminée n’est pas distincte de la propriété d’être un contenu délimitée par une propriété simple (telle est l’interprétation de Kṛṣṇadāsa et de Jagadīśa — v. n. 52). Et il montre des extensions excessives dans des cas d’inférences fausses, même avec le mot avṛtti-. Raghunētha réserve sa réponse définitive pour la section suivante.
Le texte de Raghunētha n’est pas facile, et les anciens commentateurs eux-mêmes donnent parfois des interprétations divergentes. Quoique le présent travail concerne le commentaire de Jagadīśa, un large usage a été fait, dans les notes, des autres commentaires aussi: ceux de ses prédécesseurs, Kṛṣṇadāsa, Bhavānanda et Mathurānātha (ce dernier, d’après des manuscrits inédits encore), ainsi que celui de Gadādhara, qui est venu après lui. Tous ensemble, ils nous aident à comprendre, non seulement la Dīdhiti, mais la Jāgadīśī également.
Parfois les commentataurs empruntent les uns aux autres; mais, à d’autres occasions, ils se critiquent aussi (v. nn. 13, 45, 47, 54). Sur un point intéressant — qui concerne la nature de la relation temporelle — Jagadīśa critique Bhavānanda et adopte le point de vue que ce dernier attribue à «certains». Selon Bhavānanda, il y a deux sortes de relation temporelle, l’une se rapportant au Grand Temps, l’autre se rapportant au temps fini; mais, selon les autres, il n’y a qu’une relation temporelle, commune aux deux (n. 26).
A la fin de son commentaire, Jagadīśa donne l’opinion de son maître (Rāmabhadra Sārvabhauma), et cite celle des «Modernes» (navyaḥ) qui cherchèrent à résoudre le problème en question en redéfinissant à nouveau le «fait d’avoir un support différent de celui du contrepositif». Ces passages se trouvent aussi dans l’un des manuscrits du Dīdhitirahasya de Mathurānātha; mais ils semblent être interpolés de la Jagadisi, ainsi que tout le commencement du Viśeṣavyāptiprakaraṇa, où, encore, l’idée de «notre Maître vénéré» (asmadgurucaraṇaḥ) est citée. Aussi l’opinion de Dinesh Chandra Bhattacharya, qui, s’appuyant sur ces passages, veut que Jagadīśa et Mathurānātha — son contemporain et son aîné — aient eu tous deux pour maître Rāmabhadra Sārvabhauma, ne semble-t-elle pas fondée (n. 62).



In this section Raghunātha raises an objection against the definitions of the ‘fact of having a locus different from that of the counterpositive’ (pratiyogivaiyadhikaraṇya-) given by himself in the two preceding sections (see JA. 1995, p. 375, n. 1, and Summary, pp. 401-402): they do not apply in the case of the true inference ‘Time possesses a pot, because it is the Great Time’ (kālo ghaṭavān mahākālatvāt) — an inference which Raghunātha does not explicitly formulate but leaves to be deduced from his very careful use of the terms. It is impossible — says he, referring to those definitions — that the counterpositiveness to an absence occurring in the Great Time — locus of the Reason ‘property of being the Great Time’ (mahākālatva-) — with which the counterpositive is not related through the relation delimiting the counterpositiveness (pratiyogitāvacchedakasaṃbandha-), be delimited by the temporal relation (kalikasaṃbandha-), which delimits the property of being the object to be established (sadhyatavacchedakasaṃbandha-); or that the property of being other than that with which the counterpositive is related through this relation exist in the Great Time. All ‘occurrent’ (vṛttimant-) entities occur in the Great Time through the temporal relation. As for ‘non-occurrent’ (avṛtti-) entities, empty space (gagana-), etc., that with which they would be related through this relation is unknown, and, consequently, that with which they would not be related through this relation is equally unknown; for an absence cannot be known without the counterpositive being known. Thus there is no absence with the counterpositiveness delimited by the temporal relation, which occurs in the locus of the Reason with which the counterpositive is not related through the relation delimiting the counterpositiveness. An absence such as that of a pot, by inherence, for instance, may fulfil this condition; but its counterpositiveness is not delimited by the relation delimiting the property of being the object to be established. In the same manner, there is no absence of which one can say that its counterpositive is not related through the temporal relation with the Great Time. In other words, the property of being that with which the counterpositive is not related through the temporal relation does not exist in the Great Time. As one of the commentators, Gadādhara, aptly points out, instead of expressing the fact in this way, using the compound pratiyogyasaṃbandhitva- ‘property of being that with which the counterpositive is not related', Raghunātha says yat pratiyogisaṃbandhi tadanyatva- ‘property of being other than that with which the counterpositive is related’, in order to emphasize that the property of being that with which the counterpositive would not be related through the temporal relation is unknown (see nn. 13 and 16).
An attempt is made to counter this objection by reformulating the definition of the ‘fact of having a locus different from that of the counterpositive’: one no longer speaks of that with which the counterpositive is or is not related through the relation delimiting the property of being the object to be established, but of a counterpositive which, through the relation delimiting the property of being the object to be established, does not occur (avṛtti-) in what is a locus of the Reason. Now, although that with which empty space, counterpositive of the absence of empty space, would not be related through the temporal relation is unknown because that with which it would be related through this relation is itself unknown, the absence of the fact of occurring in the Great Time through the temporal relation, — a fact which is known for all ‘occurrent’ (vṛttimant-) entities, — is known for empty space, which is ‘non-occurrent’ (avṛtti-). These absence of empty space is thus an absence which has a locus different from that of the counterpositive.
This interpretation, again, is that of Gadādhara, who, as in the former case, brings out the subtle use of the Sanskrit language by the ‘Neo-logicians’. The subtleties, of course, escape the notice of the modern interpreters of Navya-nyāya who do not take the trouble to read the ancient traditional commentaries — as shown by E. Frauwallner’s misunderstanding of this passage (n. 42).
The other components of the definition are designed to avoid ‘nonpervasion’ (avyāpti-) or ‘overpervasion’ (ativyāpti-) to such and such inferences. Among them, the determination of the counterpositive as ‘determined by the delimitor of the counterpositiveness’ (pratiyogitāvacchedakaviśiṣṭa-) is meant for avoiding overpervasion to inferences where the object to be established is a determined entity or certain conjoint entities. That is in accord with Raghunātha’s own thought expressed earlier. Here, however, he rejects the definition on the ground that even superstratum-ness (ādheyatā-) delimited by a determined property is not distinct from one delimited by a simple property (this is Kṛṣṇadāsa’s and Jagadīśa’s interpretation — see n. 52). And he points out overpervasions in cases of false inference, even with the word avṛtti-. Raghunātha’s final word will be found in the next section.
Raghunātha’s text is not easy, and the old commentators themselves give sometimes divergent interpretations. Although the present work is concerned with Jagadīśa’s commentary, extensive use has been made, in the notes, of the other commentaries as well: those by his predecessors, Kṛṣṇadāsa, Bhavānanda and Mathurānātha (this last, after unpublished manuscripts), as well as that by Gadādhara, who came after him. All of them together help us understand, not only the Dīdhiti, but the Jāgadīśī itself.
The commentators sometimes borrow from each other; but, at other times, they also criticize each other (see nn. 13, 45, 47, 54). On an interesting point — concerning the nature of the temporal relation — Jagadīśa criticizes Bhavānanda and adopts the standpoint attributed by the latter to ‘some’. According to Bhavānanda, there are two sorts of temporal relation, one relating to the Great Time, and another relating to finite time; but according to the others, there is only one temporal relation, common to both (n. 26).
At the end of his commentary, Jagadīśa gives the opinion of his teacher (Rāmabhadra Sārvabhauma), and cites that of the ‘Moderns’ (navyāḥ) who sought to solve the problem under discussion by redefining anew the ‘fact of having a locus different from that of the counterpositive’. These passages are also found in one manuscript of Mathurānātha’s Dīdhitirahasya; but they seem to be interpolated from the Jagadīśa, as well as the entire beginning of the Viśeṣavyāptiprakaraṇa, where, again, the view of ‘our revered Teacher’ (asmadgurucaraṇaḥ) is cited. Thus the opinion of Dinesh Chandra Bhattacharya, who, relying on these passages, held that both Jagadīśa and Mathuranatha — his senior contemporary — had Rāmabhadra Sārvabhauma as their teacher, does not seem to be founded (n. 62).


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