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Title: La vigne et le vin en Chine. Misères et succès d'une tradition allogène
Author(s): TROMBERT, Éric
Journal: Journal Asiatique
Volume: 289    Issue: 2   Date: 2001   
Pages: 285-327
DOI: 10.2143/JA.289.2.436

Abstract :
La culture de la vigne (Vitis vinifera) a été introduite en Chine métropolitaine depuis les contrées d’Occident il y a plus de 2 000 ans, et le vin y est connu — et apprécié — depuis presque aussi longtemps. Et pourtant, les paysans chinois n’ont jamais développé cette activité de manière significative, à deux exceptions notables près, la région de Tourfan et la province du Shanxi. Notre étude retrace cette histoire contrastée, marquée par un échec global aussi bien que par quelques succès remarquables. Elle est divisée en trois parties. La première, publiée dans la présente livraison du Journal, reprendra d’abord une vieille question — celle de l’introduction de la vigne en Chine sous les Han antérieurs — qui vaut d’être réexaminée au plan de la chronologie, des itinéraires et des résultats. On décrira ensuite les débuts obscurs de la viticulture et l’apparition d’un goût pour le vin au cours de la période qui va de la fin des Han postérieurs au début des Tang (soit de 220 à 618). Ce sera l’occasion de vérifier la complexité du sujet. On constatera en effet que la culture de la vigne et le goût du vin sont deux phénomènes distincts, et qu’ils ont longtemps coexisté sans entraîner la naissance d’un art vinicole. La deuxième partie sera consacrée à la région qui possède la tradition viticole la plus ancienne et la plus vivace du monde chinois, l’oasis occidentale de Tourfan. Le hasard ayant voulu que ce lieu soit une véritable mine archéologique, on abandonnera les ouvrages d’auteurs pour analyser des textes — lettres privées, registres et contrats — souvent écrits par les vignerons eux-mêmes. C’est, pour les historiens, une situation unique; dans aucune autre région de Chine, la viticulture ne peut être étudiée de la sorte, même pour une date plus tardive. La troisième partie nous ramènera en Chine intérieure, dans la province du Shanxi, unique région de peuplement Han où l’on ait cultivé la vigne et fabriqué du vin à une échelle significative et pendant une longue durée: depuis les Tang jusqu’au début des Ming pour le vin, jusqu’à nos jours pour la vigne. Cette exception du Shanxi mérite évidemment un examen attentif aussi bien quant à son origine — aucune explication satisfaisante n’a encore été proposée — que pour déterminer les raisons de son essor, puis de son déclin — sélectif — à l’époque moderne. On verra enfin que la renaissance des activités viticoles et vinicoles à laquelle on assiste actuellement au Shanxi correspond, à bien des égards, à des schémas de pensée et à des situations économiques observés pour les époques antérieures. Il se trouve que l’histoire de la vigne dans le monde montre que, à la différence de la plupart des autres produits alimentaires, l’adoption ou le rejet de cette activité tient beaucoup moins aux conditions naturelles qu’aux mœurs et aux croyances des hommes. De la même façon, boire du vin de raisin plutôt que des bières de céréales résulte d’un choix humain délibéré, révélateur d’un contexte socio-culturel particulier, et lourd de conséquences parfois insoupçonnées. Etant donné cela, les fortunes si diverses de la vigne en Chine font que ce sujet est beaucoup moins anecdotique qu’il y paraît au premier abord, et que son étude peut intéresser aussi bien les historiens des religions et les anthropologues que les seuls historiens de l’agriculture.

Vineyards (Vitis vinifera) were introduced into Metropolitan China from Western countries more than 2000 years ago, and wine has been known — and appreciated — there for almost as long. Yet, Chinese peasants never developed this activity in a significant way, with two noticeable exceptions, the Turfan area and the Shanxi province. Our study retraces this checkered history, characterized by overall failure, in spite of several remarkable successes. It is divided into three parts. Part 1, published in the current issue of the Journal, will first discuss an old issue — the introduction of grape cultivation in China under the Former Han — which deserves to be reexamined with respect to chronology, itineraries, and results. We will then describe the obscure beginnings of viticulture and the appearance of a taste for wine during the period between the end of the Later Han and the beginning of the Tang dynasty (i.e., from 220 to 618). This will enable us to understand the complexity of this subject. It will become apparent that grape production and wine appreciation are two separate things. Vineyards existed for a long time without producing a taste for wine. Part 2 will be dedicated to the area with the oldest and most resilient tradition of viticulture in the entire Chinese world, the western oasis of Turfan. Since — by a fortunate coincidence — the Turfan area is a rich archeological site, we will abandon books for the analyzes of documents — private correspondence, registers, and legal agreements — often written by the grape growers themselves. For histori-ans, this is a unique situation since nowhere else in China can viticulture be studied in this manner, even at a later date. Part 3 will bring us back to inner China, in Shanxi province, which is the sole Han-inhabited area where grapes were grown and wine was produced on a significant scale over an extended period: from the Tang dynasty to the beginning of the Ming era for wine, and to this day for vineyards. This Shanxi exception obviously deserves close examination, both concerning its origin — since a satisfactory explanation has yet to be proposed — and to determine the reasons, first for its development, and then for its — selective — decline in modern times. Finally, we will see that, in many respects, the current revival of grape and wine production in Shanxi corresponds to thought patterns and economic situations observed in earlier times. The history of grape and wine production in the world reveals that, unlike most other foodstuff, accepting or rejecting this activity depends far less on natural conditions (terrain and climate) than on human customs and beliefs. In the same way, drinking wine made of grape rather than beer made of grain results from a deliberate social choice and may have major unintended consequences. In light of these general historical comments, the success or failure of vineyards and wine in various parts of China is a much less anecdotal subject than it would initially appear. This study is likely to be of interest, not only for historians of agriculture, but also for historians of religions and anthropologists.

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