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Document Details :

Title: Écrire à ses morts
Subtitle: Une lettre-supplique akkadienne datant de l'époque d'Isin-Larsa (env. 2000-1800 av. n. è.)
Author(s): GUICHARD, Michaël
Journal: Journal Asiatique
Volume: 308    Issue: 2   Date: 2020   
Pages: 151-165
DOI: 10.2143/JA.308.2.3288908

Abstract :
L’importance du culte des ancêtres dans la société mésopotamienne antique est à nouveau illustrée par une lettre inédite (conservée temporairement à l’Université de Cornell, USA) en akkadien, comportant un passage en sumérien. D’après son écriture, elle date du milieu du 19e siècle av. notre ère et a été très probablement retrouvée dans une des villes du royaume de Larsa dans le sud de Sumer. Un petit-fils s’adresse à ses défunts grands-parents. Gravement malade, il demande que son cas soit jugé par eux et le dieu soleil (Šamaš). Il espère que la cause de son mal, un revenant ou un dieu (malveillant), sera déterminée. Enfin, les dieux Šamaš et Gilgameš d’en-haut et d’en-bas sont invoqués. Ce sont les juges du tribunal des morts qui décident aussi du sort des malades. Les grands-parents, représentants des ancêtres de la famille, continuent leur existence sous la forme d’esprits (eṭemmum) dans l’Au-delà et peuvent exercer ponctuellement le rôle de juges comme ils le faisaient peut-être déjà dans leur cité de leur vivant. Si la démarche qui consiste à faire appel à eux n’est pas sans parallèle dans la littérature babylonienne, l’usage d’une lettre comme moyen de communication était en revanche inconnu jusqu’à présent. Le fait est d’autant plus remarquable que la tablette en question avait été à l’origine recouverte d’une enveloppe scellée. Faute de contexte, le statut d’un tel texte est difficile à définir même si par son contenu il se rapproche des lettres aux dieux, volontiers classées comme littéraires voire scolaires. Fictif ou non, il est certain que le nouveau document permet d’entrevoir la conception de l’Au-delà par les habitants du sud de la Mésopotamie à un moment déterminé de l’Histoire. Cette vision est moins pessimiste et lugubre que celle donnée dans la littérature classique: les ancêtres peuvent penser, juger, siéger auprès du dieu Soleil et recevoir du courrier de leurs proches.



The importance of ancestor worship in ancient Mesopotamian society is once again illustrated by an unpublished letter (kept temporarily at Cornell University, USA) in Akkadian with a section in Sumerian. According to its script, it dates from the middle of the 19th century BC. It was most likely found in one of the cities of the kingdom of Larsa in South Sumer. A grandson addresses his late grandparents. Seriously ill, he asks for his case to be judged by them and the sun god (Šamaš). He hopes that the cause of his disease, a ghost or a (malevolent) god, will be found. Finally the gods Šamaš and Gilgameš from above and below are invoked. The divine judges of the tribunal of the dead also decide the fate of the sick. The grandparents, representatives of the family ancestors, continue their existence in the form of spirits (eṭemmum) in the afterlife and may occasionally exercise the role of judges as they used to do perhaps in their own city during their lifetime. While the approach of calling upon them is not without parallel in Babylonian literature, the use of a letter as a means of communication was hitherto unknown. This is all the more remarkable since the tablet in question was originally covered with a sealed envelope. For lack of context, the status of such a text is difficult to pinpoint, even if its content is similar to letters to the gods, which are often classified as literary or even school texts. Fictitious or not, it is certain that the new document allows us to catch a glimpse of the conception of the Netherworld by the inhabitants of southern Mesopotamia at a given moment in history. This view is less pessimistic and gloomy than that given in classical literature: the ancestors may think, judge, sit with the sun god and receive letters from family members.

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