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Title: Les rôles de kangu «ventre» dans les composés émotionnels du dalabon (Australie du Nord)
Subtitle: Entre figuratif et littéral
Author(s): PONSONNET, Maïa
Journal: Bulletin de la Société de Linguistique de Paris
Volume: 109    Issue: 1   Date: 2014   
Pages: 397-443
DOI: 10.2143/BSL.109.1.3064315

Abstract :
Dans de nombreuses langues, les expressions qui décrivent les émotions contiennent des noms de parties du corps, et en particulier d’organes situés dans l’abdomen ou le torse comme le cœur, l’estomac (ventre), le foie — en français par exemple, «avoir le cœur brisé», «avoir la peur au ventre». L’interprétation sémantique et la valeur figurative des termes de parties du corps au sein de ces expressions sont souvent discutées. Si ces expressions ont régulièrement été considérées «par défaut» comme figuratives, certains auteurs ont émis des réserves à ce sujet. Goddard (1994) ou Enfield (2002), par exemple, appellent de leurs vœux des analyses linguistiques plus solides et plus ouvertes à l’éventualité que ces termes de parties du corps soient polysémiques – dénotant à la fois la partie du corps et le siège des émotions (distinct de la partie du corps en question), ou même endossant un sens directement émotionnel. Ces interprétations en termes de polysémie impliquent que le sens émotionnel est un sens littéral, et annulent donc la dimension figurative des parties du corps relativement aux émotions. Cet article vise à répondre à l’appel de Goddard, Enfield et d’autres qui réclament des analyses linguistiques plus attentives sur la question. Je présente une étude détaillée du rôle de kangu «ventre» dans les expressions émotionnelles du dalabon, une langue du nord de l’Australie (famille gunwinyguan). L’analyse linguistique montre que l’interprétation figurative et l’interprétation polysémique (ou littérale) sont toutes deux justifiées, selon la perspective que l’on adopte sur le lexique. Si l’on examine les expressions avec kangu «ventre» dans leur ensemble, on constate qu’elles s’organisent en un système cohérent de tropes. L’interprétation figurative est donc valable. Si l’on considère les expressions avec kangu «ventre» en les comparant à des expressions émotionnelles où interviennent d’autres parties du corps, alors l’analyse littérale ou polysémique de kangu «ventre» est justifiée. Il ne semble pas nécessaire de trancher entre les deux interprétations: elles s’appliquent toutes les deux, et certaines expressions peuvent être appréhendées par les locuteurs selon les deux perspectives. L’article livre le détail et les implications de chacune des deux analyses. Qu’il s’agisse de l’analyse figurative comme de l’analyse polysémique et littérale, on constate que ces analyses ne deviennent possibles que si l’on considère le lexique émotionnel dans son ensemble, et si l’on examine la sémantique des expressions dans le détail.



In many languages, emotion-denoting expressions contain body-part words. Words referring to abdominal organs (the heart, the stomach or belly, the liver) are particularly frequent in this context: for instance, in English 'be broken-hearted', in French 'avoir le cœur brisé', 'avoir la peur au ventre'. The semantic interpretation of body-part terms within emotion-denoting expression, and their figurative value in particular, are the subject of much discussion. Such expressions have regularly been treated as figurative 'by default', but some authors have warned against these ill-considered figurative interpretations. Goddard (1994) and Enfield (2002), for instance, remind us that body-part terms in emotional expressions can also be polysemous, i.e. can denote both a body-part and an abstract seat of emotions (not identical to the body-part), or even denote an emotion as such (not a location at all). Interpreting bodypart terms as polysemous implies that the emotional senses of these forms are literal, and therefore that these body-part terms serve no figurative roles with respect to emotions. This article responds to Goddard and Enfield’s call for more attentive analyses of the status of body parts in emotion-denoting expressions. I present a detailed study of the role of kangu 'belly' in the emotional lexicon of Dalabon, a language of Northern Australia (of the Guniwnyguan family). I show that in this case, both the figurative and the polysemous (or literal) interpretations of kangu 'belly' are justified by linguistic analysis, depending on the perspective adopted. If one considers emotional expressions with kangu 'belly' as a set, they can be regarded as a system of coherent tropes, thereby serving a figurative function. On the other hand, if one compares expressions with kangu 'belly' with Dalabon’s emotional expressions featuring other body-part nouns, then the polysemous (literal) interpretation is justified. There seems to be no reason to discard either one or the other of these interpretations: both are analytically grounded, and speakers seem to endorse both of them in turn. This article explores the details and implications of each of these two analyses. Neither one is possible without the emotional lexicon being considered in its entirety, and until the semantics of emotional lexemes is thoroughly understood.



En muchas lenguas, las expresiones que describen las emociones contienen nombres de partes del cuerpo, en particular de órganos situados en el abdomen o en el torso como el corazón, el estómago (vientre), el hígado — en español por ejemplo, «tener el corazón roto», en francés, «avoir le cœur brisé» o «avoir la peur au ventre». La interpretación semántica y el valor figurativo de los términos de las partes del cuerpo en el seno de estas expresiones son discutidos con frecuencia. Aunque estas expresiones han sido regularmente consideradas «por defecto» como figurativas, ciertos autores han expresado reservas al respecto. Goddard (1994) o Enfield (2002), por ejemplo, invitan a realizar análisis más sólidos y abiertos a la eventualidad de que los términos de las partes del cuerpo sean polisémicos — denotando a la vez las partes del cuerpo y la localización de las emociones (distintas de la parte del cuerpo en cuestión), o incluso, agregando un sentido directamente emocional. Estas interpretaciones en términos de polisemia implican que el sentido emocional es un sentido literal, anulando así la dimensión figurativa de las partes del cuerpo relativa a las emociones. Este artículo busca responder al llamado de Goddard, Enfield y otros autores que reclaman análisis lingüísticos más atentos a esta cuestión. Presento un estudio detallado del rol de kangu «vientre» en las expresiones emocionales en dalabon, una lengua del norte de Australia (familia gunwinyguan). El análisis lingüístico muestra que la interpretación figurativa y la interpretación polisémica (o literal), son ambas justificadas, según la perspectiva que se adopte sobre el léxico. Si se examinan las expresiones con kangu «vientre» en su conjunto, se constata que estas se organizan en un sistema coherente de tropos. La interpretación figurativa es entonces válida. Si se consideran las expresiones con kangu «vientre» comparándolas con las expresiones emocionales donde intervienen otras partes del cuerpo, el análisis literal o polisémico de kangu «vientre» es justificado. No parece necesario separar entre dos interpretaciones: las dos pueden ser aplicadas y ciertas expresiones pueden ser comprendidas por los hablantes según las dos perspectivas. El artículo desarrolla los detalles y las implicaciones de cada uno de los dos análisis. Esto sólo es posible si se considera el léxico emocional en su conjunto y si se examina en detalle la semántica de las expresiones.

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